Une sagesse transcendante: celle d’Amadou Hampaté Bâ, celle de mes Grands-parents ♥ !

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Lété est là ♥. Oui l’été est bien là et je m’offre des livres en or. Enfin une relecture ! Je rêve de ces années lumières où un jour, je serai comme mes héros littéraires et que mon cœur sera remplie des joies. Malheureusement je ne connais pas l’avenir. Mais la sagesse d’une personne âgée ; oui je la connais parfaitement. Ma grand-mère ! Ma tendre et précieuse grand-mère ! J’ai grandi auprès d’elle et elle a été ma première maitresse d’école. C’est elle qui m’a inculquée cette féroce envie d’apprendre. C’est elle qui m’a « interdit » de parler sur le dos des gens. Elle m’a demandé de n’avoir jamais peur de tenter une expérience. Elle m’a appris la vie en puissant toujours ses anecdotes dans la sagesse populaire. Je lui dois tout dans ce bas monde. Un an est passé de sa mort et je cicatrice petit à petit ma douleur. Une année qui s’est déroulée lentement mais sans une goutte de larme, je suis devenue une vraie grande fille. Une femme ♠ !

Alors cet été en vivant avec ses souvenirs, j’ai décidé de lire des livres qui m’apportent une sagesse profonde. Tâchez-bien, celui que je vous parle est un grand Homme, né au Mali en 1900, dans la ville de Bandiagara, issu d’une grande famille où il nous fait découvrir ses traditions. Oui c’est Amadou Hampaté Bâ. Homme d’action et de lettres, il a orienté son parcours littéraire vers les essais sur la civilisation africaine, de romans, de recueils de contes. Avec lui, on voyage et on apprend notre Afrique ancestrale, sans préjugé et sans mythe.

J’ai donc parcouru ma bibliothèque personnelle et tiré au hasard « Oui mon commandant », un livre de 505 pages. Ce livre est pour « animer la conscience » et éveiller notre cœur de lecteur averti. Je m’attendais à une longue lecture voir simpliste comme certains livres (oups ♦ !)… Et bien non. Franchement, c’est un vrai plaisir de le lire pendant une longue pause ou un soir. Ardent défenseur de la tradition orale, Amadou Hampaté Bâ était profondément convaincu que poser l’oralité sur un papier permet de la perpétuer, de la sauvegarder. Je l’ai pour preuve ce récit d’Amkoullel qui m’a donné la chance de découvrir avec régal les difficultés d’avoir une carrière de fonctionnaire dans l’administration coloniale, de connaitre l’Afrique d’hier sous différents aspects.

Amkoullel est âgé de vingt-deux ans, fonctionnaire et marié. Il devient peu à peu, à travers ses voyages et expériences, un homme sage capable de porter un regard sur le monde qui l’entoure et sur sa société. Au fil des pages, l’évolution spirituelle d’Amkoullel se dessine. Ayant déjà lu, « vie et enseignements de Tierno Bokar », j’ai senti un lien entre les deux livres et surtout redécouvert les enseignements d’amour et de tolérance reçus de Tierno Bokar et qui ont fécondé la vie d’Amadou Hampaté Bâ.

Amadou Hampaté Bâ est venu dans ma vie alors que je ne l’attendais pas ! Je suis ravie. Je suis ravie si on tient compte la joie que j’ai de prendre les transports en commun pour aller au bureau en ayant ce livre dans la main ! En parlant de ce grand auteur, j’ai été séduite par ses phrases qui m’ont rappelé mes étés d’enfance chez mes grands-parents, auprès des miens. Non, je ne les passais pas à Djibouti ville mais dans la brousse d’Awdal. Ça reste totalement traditionnel et c’est là-bas que j’ai appris à aimer son prochain et à développer une qualité d’écoute. Je me souviens de l’odeur fraiche de la terre arrosée de premières gouttes de pluie, des champs qui entouraient l’énorme domaine que mes grands-parents avaient, des troupeaux qui constituaient la richesse familiale, surtout des chants et danses qui accompagnaient les nouveaux mariés. Véritable creuset de traditions et cultures diverses, la brousse de mes grands-parents résonnait encore l’écho des grandes gloires regionales. Comme toute héritiere d’une culture nomade, ma grand-mére, à qui j’etais trés attachée, me livrait son expérience et sa vision du monde bâties sur des notions qui traduisent son destin rythmé par la recherche d’eau et de pâturage, indispensables à la vie nomade. Je re-entends le son de ses pas qui enveloppaient la poussiére en dansant le saylici et autre ciyaar dhaqaamed.Elle me contait le soir au clair de lune, l’histoire de la région d’Awdal et finissait toujours avec un chant de labeur, un petit buraambur, mélodie de l’errance. En revanche mon grand-pére, sans esprit partisan et avec une certitude incroyable, soulignait toujours que le pansomalisme vaincra un jour.

L’Histoire, les traditions et cultures m’étaient imprégner dans ma vie d’enfant. C’est donc avec une grande nostalgie que j’ai lu Amadou Hampaté Bâ…inégalable ! Et l’exil m’érode. Les souvenirs me renversent. Flux et reflux d’images ! Je revois des visages familiers. Et je crie en silence :

« Où sont les tentes d’autrefois ? Le diraac de ma grand-mère, imprégné de PICl’indigo ?

Où sont les plaines de mirages où pâturent les jeunes chamelles ?

Où sont les enfants sans sandale, chaussés d’épines ?

Où sont les gazelles et les antilopes au cou élancé ?

Où sont les laits, crémés, parfums de fleurs de menthe ? 

Où sont les dunes, les montagnes et les pâturages ? »

Et l’exil me noue comme les cordes de chameaux. Le regret m’élime. Des années sont passées et des nuits ont coulé. Mes grands-parents sont partis. Je me berce de mes souvenirs, d’histoire de braves guerriers, glorieux de tous les combats. Et je me refugie dans l’écriture, dans la lecture ! Héritière d’une époque sans gloire, les phrases d’Amadou Hampaté Bâ me consolent :

«  Le fait de n’avoir pas eu d’écriture n’a jamais privé l’Afrique d’avoir un passé, une histoire et une culture… »

« En Afrique chaque fois qu’un vieillard meurt c’est une bibliothèque qui brûle ».

«  Un conte (ou un proverbe), c’est le message d’hier transmis à demain à travers aujourd’hui ».

«  Il faut apprendre, disait Amadou Hampaté Bâ, à écouter les contes, les enseignements, les légendes, ou à regarder les objets, à plusieurs niveaux à la fois. C’est cela en réalité, l’initiation. C’est la connaissance profonde de ce qui est enseigné à travers les choses, à travers la nature et les apparences. Tout ce qui est enseigne en une parole muette. La forme est langage. L’être est langage. Tout est langage.  » Au bout du conte il y a toi, moi, nous, en bref, l’homme ou l’enfant métamorphosé par une rencontre avec un personnage, une atmosphère, une morale »

Mais c’est n’est pas tout. Je suis conquise lorsque j’ai lu la lettre qu’il nous a adressé, nous jeunes et innocents : c’est magique ! Ecrite en 1985, le contenu est tellement d’actualité que je ne m’en lasse pas de la lire ! Je tire profit de sa noble sagesse et j’apprends Amadou Hampaté Bâ, homme solidaire et fidéle à ses traditions. Génial !

                    Lettre d’Amadou Hampâté BA adressée à la jeunesse du monde

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