Une excursion Nomade đŸŒŽđŸŒœ

 

somalia-236L‘enfance 🙅est une pĂ©riode pendant laquelle l’insouciance nous protĂšge des difficultĂ©s de la vie d’adulte. C’est aussi une pĂ©riode d’éducation. Nos souvenirs d’enfance restent intacts. L’enfance, c’est le commencement d’une vie, et avoir une enfance heureuse ou malheureuse peut marquer Ă  jamais une vie d’adulte.

C’est pourquoi je vous parle aujourd’hui d’un jour  spĂ©cial de mon enfance.  Nous sommes partis de Borama  juste avant le crĂ©puscule, accompagnĂ©e de mes grands-parents, d’innombrables bagages, de amis de la famille, des gens plus ou moins connus, ainsi que des chĂšvres, des moutons, des chariots et enfin un tambour. IdĂ©ale pour la soirĂ©e animĂ©e et  mouvementĂ©e.

Nous parcourons Ă  pied, aidĂ©s par nos  chameaux, les couloirs de dunes  et les montagnes de notre  terre aride. Cela  formait un spectacle agrĂ©able. Les adultes marchaient
 les enfants suivaient sur les chameaux


Moments inoubliables, j’avais la chair de poule. Mes yeux capturaient le long ruban de la caravane, Ă©voluant dans cet univers insolite, chargĂ© de rĂȘves.

Le voyage fut long. Pieds  d’hommes et sabot de chameaux se succĂ©daient. Ce sont les Ă©toiles qui nous guidaient la nuit, parce que les nomades ne connaissent que la route, la route qui a pour guide, tour Ă  tour, le soleil et les Ă©toiles. J’ai passĂ© cette nuit sur le dĂ©sert, en regardant du haut d’un chameau les millions d’Ă©toiles scintillantes qui dĂ©coraient le ciel et dansaient autour de la lune vive pour former une fĂ©erie. Ce fut une agrĂ©able nuit ! J’avais 5 ans.

Me rĂ©veillant  tĂŽt le matin, j’ai remarquĂ© notre arrivĂ©e Ă  Xeerta Cheick aw Bube et combien ma vision fut marquĂ©e aussi loin que mes yeux pouvaient voir. Avec les diraac indigo de tous les femmes rĂ©unies, avec quelques troupeaux  rĂ©partis de façon mosaĂŻque  le long d’un vaste terrain plat, le dĂ©sert Ă©tait aussi ouvert que la mer et Ă©tendu sur des centaines de kilomĂštres.  Un siĂšge centrale s’y trouvait, telle d’un Minbar de mosquĂ©e. C’Ă©tait la saison  de Xagaa et la terre, Ă©tant lĂ©gĂšrement stĂ©rile, a Ă©tĂ© sans pluie et sec. A part les quelques petits arbustes qui se dressaient (les Dureemo et les Duur )  et qui couvraient ainsi  la terre. Le Duur est largement utilisĂ© pour la construction des huttes et des enclos pour les animaux. Tout cela, je mĂ©morisai, de l’endroit oĂč ma grand-mĂšre a vĂ©cu et fut mariĂ©e, jusqu’au petit « boul » oĂč sa noce et son premier accouchement se sont dĂ©roulĂ©s, oui en plein cƓur de sa brousse natale.

dance1Un grand puits s’y trouvait aussi et servait Ă  faire boire  plus de deux mille tĂȘtes de chameaux, ovins et caprins presque tous les jours. AprĂšs un sĂ©jour d’une nuit, nous entamons les festivitĂ©s qui nous rĂ©unissaient. Outre les troupeaux, les nomades sont attachĂ©s Ă  la spiritualitĂ©. Elle occupe une place particuliĂšre.  Ainsi les somaliens utilisaient depuis belle lurette des titres honorifiques rĂ©servĂ©s aux notables islamiques, aux  chefs traditionnels, en plus des particules nobiliaires mis de cĂŽtĂ© pour les personnes distinguĂ©es. Cheihk Ali Bube fut un honorable clerc islamique. Au cours de ses recherches dans l’ancienne ville d’Amud, l’historien GWB Huntingford avait remarquĂ© qu’à chaque fois qu’un ancien site avait le prĂ©fixe Aw en son nom (comme les ruines de Aw Bare et Aw Bube), il dĂ©signait le lieu du dernier repos « d’un saint local ». Une fois par annĂ©e, les « fidĂšles » se rĂ©unissent pour un sacrifice de mouton, une qasida et une rĂ©union. Presqu’une mĂȘme cĂ©rĂ©monie de celle cĂ©lĂ©brĂ©e pour  Abdirahman bin Isma’il al-Jabarti, un leader musulman dans le nord de la Somalie

Ce soir-lĂ , les qasidas avaient avant tout un goĂ»t de poĂšme lyrique, certes laudatif mais composĂ© pour la fĂȘte. Les thĂšmes Ă©taient choisis en fonction de la circonstance : il fut question de description du dĂ©sert et de louange Ă  Cheikh aw bube.

Je me suis assise en face de « l’orchestre», Ă©merveillĂ©e, buvant une tasse de lait de chamelle. Je redoutais le voyage de retour et voulu pour une fois me remplir d’instants magiques. Et le tambour fut frappĂ© de mains vives. Des belles voix acclamaient. Et on chantait Ă  la gloire d’Aw Bube.  Ce fut une belle nuit, avec un ciel bleu clair ci-dessus. Pas un seul nuage ne planait dans le ciel. Les fidĂšles envahirent Ă  l’extĂ©rieur de la cabane « ardaaga » en langue somalienne. Une zone semi-close Ă  l’entrĂ©e de la hutte plĂątrĂ© avec petits cailloux et couvert avec un tapis.

Grand-mĂšre dansant environ une heure, a finalement Ă©mergĂ©, Ă©puisĂ©e mais avec un sourire radieux! Je n’avais pas de mots, pas de nobles mots, pour expliquer ce genre d’amour …

A minuit, aprĂšs que nous avons mangĂ©, j’étais assise au milieu de plusieurs de mes parents quand nous avons Ă©tĂ© informĂ©s de notre retour demain, dĂ©s l’aube. La nouvelle m’est venue comme un coup de tonnerre. BientĂŽt mon oncle, Mohamed, un berger expert, sera envoyĂ© pour  observer si la pluie ne perturberait pas notre chemin.  Les nomades appliquent Ă  la lettre leurs dictons : « hubsiimo hal baa la siistaa » (certitude vaut une chamelle). DĂ©cidĂ©ment il Ă©tait plus renseignĂ© qu’un mĂ©tĂ©orologue.  Il confirma  que la journĂ©e se passera avec beaucoup de dynamisme. Car la pluie risque de tomber en fin d’aprĂšs-midi.

Avec ce voyage, j’appris un peu sur ma  culture et avait commencĂ© Ă  l’admirer. Bien que vivant dans les affres de la pĂ©nurie d’eau et de maigres ressources, il y a toujours une hospitalitĂ© hors paire chez les nomades. Ils ont compris la leçon fondamentale de la vie et de la simplicitĂ©. Ils ne se soucient pas de demain et ne regrettent pas d’ hier. Ils vivent aujourd’hui, avec aisance. Dans leur monde isolĂ©, dĂ©tachĂ©, le prĂ©sent est tout ce qui compte, le passĂ© n’a aucun poids  et l’avenir aucun stress.

AnnĂ©e aprĂšs annĂ©e, mon cƓur est nostalgique de ma vie d’enfance, malgrĂ© le confort actuel. La chaleur  humaine de ma grand-mĂšre disposĂ©e Ă  un amour indĂ©fini, me manque. Tout  semblait signifiant ce jour de mes 5 ans ! Est-ce lĂ -bas que  je veux ĂȘtre et me sentir ? Pourrais-je faire ressentir Ă  mes enfants la mĂȘme gaitĂ©, malgrĂ© que je sois citadine et sĂ©dentaire ?  Ce jour-lĂ  ma vie avait changĂ© et sans tenir compte de ce que les souvenirs m’infligent !

Oui, c’est certains, j’ai dĂ©cidĂ© de passer  du temps auprĂšs d’eux  à chaque annĂ©e que j’aurais le temps et l’occasion. Cette vie a laissĂ© sur moi une impression indĂ©lĂ©bile,  une vision claire de la vie, de ses dangers et de ses plaisirs.😘

 

 

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