#Tribalisme à Djibouti : l’épée de Damoclès !

20150606_153647-1Me revoilà!  Avouez, vous m’avez beaucoup attendu!

Bref, je reviens vous écrire sur un thème qui m’énerve, sur des gens à merde. Oups, je suis devenue insolente! Eh ben, voilà le thème: je suis triste…à cause d’un tribalisme…devenu monnaie courante!

Il y’a tout juste deux jours, un homme mal habillé (oups, c’est encore mon insolence) avait tenu ce discours dans un bus : « Reer Hebel ! Le pays va mal! Ils ont bouffé la caisse! Les jeunes n’ont pas de travail! On nous a promis l’émergence! Regardez nos routes! On n’en a marre! Tout ça doit être rayé! Il n’est pas comme eux (un opposant), lui il a souffert, il connait nos souffrances! Vous voulez la belle vie? Du boulot! Chassez reer Hebel et Votez pour reer Hebel! Votez-nous »  

Quelle gueule hein? C’est comme les hommes de mon clan…de merde! Justement, il n’y a rien dans leur discours qui puisse s’assimiler à une ébauche de projet de société. A cerveau vide, politique cupide, propos creux! Ils n’ont aucun programme de développement viable et crédible. Ils sont peut-être de bon Qooto Qooto de foule, ils pourront distribuer de beaux billets, mais ils sont des oiseaux de malheur pour ce petit pays qui n’a que 40 ans.

Je me suis levée de ma sieste avec la colère dans la gorge, et les maux dans mes mots. Un article lu sur facebook, des tweets par là. Des commentaires…acerbités.

Depuis hier et aujourd’hui, enfant, ado et adulte, mes oreilles se sont irritées aux tambourinements populaires des « Qualités des tribus ». Plus précisément d’une phrase qui me cause l’’épilepsie, tant elle est aberrante employée par tous et sans honte. Huez-la, s’il vous plaît: « Ana reer Hebel ». 

Panafricaniste, il n’est de secret pour personne que j’ai une très grande haine envers les hommes et femmes qui ont plongé mon peuple dans les ténèbres. Il n’est aussi de secret pour personne qu’en septembre 1990, et tutti quanti, se déroulèrent des massacres contres des nôtres. J’ai tout simplement  entendu d’une voix qui ne mentait jamais…Ma grand-mère ! Mais comme vous pouvez s’y attendre j’ignore le contexte dans lequel « ce massacre » a eu lieu. Je n’étais même pas encore à l’école, n’étais pas encore pubère, et n’étais pas encore « tète pensante ».

1990 puis 1991 avec cette fois-ci une deuxième communauté, des maisons réduits à feu et à cendres! Je ne sais si d’autres massacres viendront mais en 2015, un dernier a eu lieu…en 2015…dans un quartier maudit que les hommes malhonnêtes ne causent que des maux ! Voyez-vous, je ne compare pas nos tragédies, je les pleure ! Mieux, je m’interroge ? Au nom de quoi, a-t-on tué ces âmes ? Au nom de quoi, a-t-on commis ces crimes ? Il y’a un point sur lequel, je ne pourrais me taire : celui de 1991 et celui de 2015 sont criés à chaque anniversaire par les citoyens lambda. Mais il faut taire celui de 1990 ! Pourquoi ? Interrogez feu-souris…en lui suppliant de livrer ses secrets.

Mes hormones de femme…insoumise à la bêtise se manifestent. Le sang affluât jusqu’à mes oreilles. Je dois me calmer. J’écoute Halima Magool. Elle chante ceux-ci :

Ninka guba dalkeena, Laatashada gumaystahow

Kugu gaaranay taladaad la gurguranaaysid

Caadka gooso kaliga

Celui qui brule et qui collabore avec l’ennemi de la Patrie ;

A l’œil nu, à l’aube, au crépuscule,

Nous sommes conscients  de ta  traîtresse.

Ninka guura habeenki ee gobonimada iibshow

Gardaaradu ma socoto, xarkaahaad cuntaysa kugulaysaan maysid

Le somnambule vendeur  de l’indépendance,

Injustice ne « brille » jamais, tes cordes seront démêlées.

Gacaanta ku gargarta iyo gogoshada lama cuno

Dee ciidaada lama gubo

On ne dévore pas la main tendue…pour te soulever.

On ne vend pas sa inestimable terre.

Xaaqod gacaanta haysa illaah kugu gaargaara

Gurmaad male khiyaamo

Gor’ba gor’ti ka daambaysa bay kulaso goo’da

Justice accouche réussite, c’est une promesse de Dieu.

Hypocrisie n’est recours.

Tôt ou tard elle vous trahit.

Waraay Gedd sare waabaay guunta karon

Caméléon !

Gaashaan dhigeeniiyo shacabkow gorfeya

guul darada ragii dhigay maxaan kaga gam eenaa

Gumoocdeed inlagu diilo, Geedsare inla rido

Midkebaad ugarateen

Armée digne ! Peuple digne !

Quel verdict pour les traitres ?

Peine de mort ou Maladie incurable ?

Votez ! Jugez !

Waa gar nin waliba wuxu geestay ba laga gudaya

Justice ! Ô Justice ! Chacun répond de ses actes !

Inutile de vous souler, je ne raterai aucune occasion pour interroger l’Histoire et …les historiens!! Je n’en trouve pas un réel historien chargé d’un devoir citoyen, de son cru…encore! C’est le coup de massue sur ma tète fatiguée de longues années de labeur et de recherches doctorales. Alors il me fallait enfin oser…m’ouvrir et écrire je le sens : ce torchon d’article.

J’ai toujours craint de dire mes pensées. Car mon grand-père, quand il jurait sur notre clan de bédouins (euh) d’intello maîtrisant la digne lignée de notre tribu, il a tout dit ! Je n’ai jamais cherché à connaître les raisons de son amour ni de mon réticence, peut-être par peur de découvrir que je n’étais pas aussi intrépide que je le dis.

Aujourd’hui, j’ai osé. Et je tiens à remercier tous ceux qui vont me suivre sur la voie si rocailleuse…si lente des chercheurs d’avenir, des bâtisseurs de Djibouti de demain.

Nos intellectuels, nos historiens, nos politiciens, nos parents, nos enseignants, nos ainés ont une lourde responsabilité, ils doivent nous parler d’hier. Ouvrons le dialogue, osons le débat d’idée et évitons de nous égarer. Nous sommes de la nouvelle génération, la première d’après 1977 ! Ecoutons et soyons imparties. Il ne s’agit pas pour moi, d’être encore une goutte dans l’océan, une plume dans un panier d’oiseaux. La critique est vaine sans la main qui se lève. C’est ma conviction…et si vous en êtes aussi convaincus, donnons-nous la main, et portons nos pierres à l’édifice du commun! Nous avons un système basé sur « le tribalisme », avouons-le et acceptons soit de changer le cours des choses, soit de la boucler ! Telle est le diktat, que dis-je, la leçon que chacun doit apprendre, intégrer et refléter par cœur s’il/elle ne veut pas se voir « heurter » au clan, tueur d’espoir. Ce qui sous notre ère sont des insultes à l’intelligence humaine. Ceci, si tant que l’on me demande que « Solidarité et Respect » sont anti-clan, je préfère être « sans clan ». 

Nous avons un devoir citoyen de contestation. Jeunesse ! Jeunesse ! Jeunesse ! Je vous appelle trois fois. Éloignons-nous de ce « cancer ». Le tribalisme est l’épée de Damoclès pour nous. Attention aider sa communauté n’est pas mauvais en soi tant que l’on respecte les autres.

Puisque nous avons eu la chance d’étudier, nous avons le devoir de hanter tous nos intellectuels, nos historiens, nos politiciens, nos aînés. Ils doivent être en mesure de fournir, en plus du T-shirt et du khat, des arguments qui prouvent qu’ils méritent de nous diriger, d’être nos guides ou de mériter le « terme intello ». Posons des questions pertinentes aux meetings! Participez-y! Nourrissez-vous! Enrichissez-vous le temps d’un instant mais pensez à leur donner la plus grande honte de leurs vies! Oubliez les « chiichiids » suivis des courses! Oubliez les insultes et le manque de respect sur les réseaux sociaux! Oui oubliez d’être reer hebel et de voir chez certains un lien ! Questionnez leurs visions…vous verrez ils sont sans convictions! Oh si! S’enrichir!

Et aux intellectuels, évitons le « mixeur », cherchons à distinguer le vrai du faux. Soyons le juge. Le vrai.  L’intellectuel est honorable et je suis désespérément à sa recherche. Il existe ; certes en nombre réduit mais il existe tout de même. Le faux intello, il est là. Nous sommes assez matures ! Questionnons-le, nous verrons, il ne « voudra » pas nous dire l’HISTOIRE et préfère l’histoire! N’acceptons pas les « non-dits»! 

Demandons-lui enfin les choses. Il ne saura même pas de quoi nous parlons! Il nous répondra qu’il est sincère. Tout ce qu’il veut: C’est d’être « Excellence », une garde rapprochée, l’immunité pour son magouille, des poches saturées de billets de Hassan Gouled, passer à la télé, et autres choses plus ou moins vide de sens. Ces gens-là me dégoûtent en effet. 

J’ai horreur de l’hypocrisie. Bande de vieux!

Oui, il est vrai que nous sommes jeunes, pauvres et faibles. Mais il est des questions qui tuent, des prises de conscience individuelles qui font la révolution. Et c’est la prière que je formule ce vendredi, jour saint de l’islam, à Djibouti, pays  si cher à mon cœur. Ne rendons pas inutiles des années d’école! Camarades ! Osons le débat ! La Patrie reer Djibouti! 

Opps : je rends hommage à tous mes êtres chers qui sont morts en 1990, en 1991 à Arhiba, en 2015 à Buldhoqo ! Les paumes de mes mains sont encore mouillées de larmes…de colère. Ils étaient tous et sans exception MIENS !

Djibouiennement, politiquement correct!

 

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2 réflexions au sujet de « #Tribalisme à Djibouti : l’épée de Damoclès ! »

  1. Merci pour ce coup de gueule, on ne peut qu’être d’accord avec toi!!! Je viens de découvrir ton blog et je n’ai pas pu m’empêcher de te laisser ce message d’encouragement dès le premier article lu. A bientôt, j’espère!!

  2. A reblogué ceci sur La Gazette de Djiboutiet a ajouté:
    Enfin un blogueur (une blogueuse en l’occurrence) qui laisse parler ses tripes et parle du sujet qui fâche: le tribalisme. Ce ver qui ronge notre société jusqu’à l’os et qui finira par avoir notre peau à tous, si nous ne nous réveillons pas à temps.

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